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24 janvier 2017
 Pas d’urgence au menu, pour l’instant

► Érythrée, intégration :
les motifs de tension demeurent, malgré le recul des demandes d’asile en 2016.
La suisse a reçu 27 207 de mandes d’asile l’an dernier (-31%). La pression se relâche un peu sur le front de l’asile. Entretien avec le directeur d’Etat aux migrations (SEM), Mario Gattiker.

Évolution du nombre de demandes d’asile en Suisse

- L’année 2016 a enregistré quelque 12 000 demandes d’asile de moins que 2015. Pourquoi ?
Mario Gattiker : -La baisse découle principalement de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. Mais pas seulement : l’Italie a nettement intensifié ses efforts dans l’identification des migrants. Son taux d’enregistrement dépasse aujourd’hui les 90%, alors qu’en 2015, on tournait parfois autour de 15% ! Cette différence fondamentale permet d’appliquer efficacement l’accord Dublin.
- Pour nombre de migrants, la Suisse n’est plus une destination, mais un pays de transit vers l’Allemagne ou la Scandinavie…
- La Suisse n’est pas attractive pour les personnes qui n’ont pas besoin de protection. Les migrants
savent que la Suisse applique les accords de Dublin et les renvois de manière important : elle fait davantage de transferts que tous les pays européens. Aussi, la Suisse traite les demandes d’asile manifestement infondées en priorité et combat les abus. Elle reste toutefois l’un des pays les plus accueillants d’Europe et participe par exemple activement ä la répartition des réfugiés entre États. L’an passé, nous avons ainsi réinstallé et relocalisé mille personnes.
- Faut- il oublier le plan d’urgence élaboré par la confédération, les cantons et les communes ?
- Non. En Irak et surtout en Syrie, la situation reste dramatique. De même dans le pays limitrophes (Liban, Jordanie Turquie), les réfugiés vivent toujours dans conditions très précaires. En revanche, nous pouvons, contrairement à l’an dernier, formuler un pronostic : 24 500 (plus ou moins 2 500) demandes devraient être déposées en 2017 (27 000 en comptant une réserve stratégique). Et nous ne devrions pas vivre de situation d’urgence. Mais attention : si le traité UE Turquie tombe, les répercussions sont difficiles à prévoir.

- L’année dernière a également vu de nombreux migrants disparaître dans la nature une fois enregistrés. Le problème a-t-il été résolu ?
- Oui, en grande partie. En juin, près de 60% des demandeurs d’asile ont effectivement disparu pour probablement tenter de rejoindre l’Allemagne ou d’autres pays. Pour y remédier, des mesures ont été prises, comme l’encadrement des transports dans de grands bus. La collaboration avec la police des frontières allemande a également porté ses fruits. Résultat : le phénomène a atteint 16% en novembre et 24% en décembre.
- Le problème n’est donc pas complètement résorbé Dans une période marquée par le terrorisme, ne faut-il pas limiter les déplacements des requérants ?
- En fait, c’est une question de coût-utilité. La migration irrégulière a toujours existé. Si on veut l’éradiquer, il faut mettre un policier derrière chaque migrant ou les enfermer, ce que nos lois et la convention de Genève sur les réfugiés ne permettent pas. De toute façon, la meilleure manière de garantir la sécurité est d’enregistrer systématiquement les migrants.

- La frontière italo-suisse au Tessin a passablement fait parler d’elle. Approuvez-vous [’envoi de 5o militaires, comme le souhaite le conseiller fédéral Ueli Maurer ?
- Ce n’est pas à moi de trancher, mais au Conseil fédéral, s’il est consulté. De fait, l’appui de l’armée est prévu dans le plan d’urgence de la Confédération, des cantons et des communes. Le SEM ne table toutefois pas avec un scénario l’urgence en 2017.
- Une trentaine de députés italiens dénonce actuellement l’explosion des renvois par la Suisse de migrants mineurs vers l’Italie. Qu’en dites-vous ?
-Les bases légales suisses autorisent ces renvois, à Condition qu’ils soient accompagnés, ce que le Corps des gardes-frontière fait. Une institution héberge les mineurs, les déplacements sont encadrés et les autorités italiennes nous garantissent le respect de leurs droits. Si les transferts ont autant augmenté, c’est tout simplement parce que les mineurs non accompagnés sont nettement plus nombreux parmi les immigrés.
- Difficile de parler d’asile sans aborder l’Erythrée, qui est restée en 2016 le plus important pays de provenance. Malgré le durcissement instauré en juin, le taux de reconnaissance n’a pas diminué, au contraire (37,3 % pour 2015, 42,5 % pour 2016 jusqu’en novembre). Pourquoi ?
- Il faut comprendre que ce durcissement, qui a touché tout de même 10% des Érythréens, ne se déclenche qu’à certaines conditions : la personne qui a quitté illégalement le pays ne doit pas avoir refusé de servir dans l’armée obligatoire (un délit grave en Érythrée, n.d.l.r.). Dans ce type de cas, nos enquêtes sur place nous ont permis de conclure qu’un retour n’expose pas à des sanctions exagérées ou des violations des droits humains.
- Le Tribunal administratif fédéral (TAF) doit rendre un arrêt sur cette nouvelle pratique...
— Si le TAF estime que le Secrétariat d’Etat aux migrations a été trop loin, nous devrons faire machine arrière. Quelque 65o recours sont pendants. À ce titre, n’oublions pas que la Suisse a la pratique la plus restrictive d’Europe avec les Erythréens.
- Un rapport de plusieurs pays de l’UE a récemment dénoncé les conclusions de l’ONU sur l’Érythrée...
- Il n’y a rien de nouveau dans ce document. Ces États trouvent aberrant que le rapport de l’ONU recommande de donner l’asile automatiquement à tous les requérants érythréens, et je suis totalement d’accord ! Rappelons-le encore une fois : la Suisse n’accorde pas automatiquement l’asile aux ressortissants érythréens. Au contraire, le SEM traite chaque demande d’asile au cas par cas.
- Parmi les réfugiés reconnus, quelque 40 % restent sans travail dix ans après leur arrivée. Les cantons et les institutions sociales veulent que la Confédération augmente son forfait d’aide à l’intégration de 6000 francs par personne. On parle de 20 000 francs. Votre avis ?
- (Silence) Bon, une évaluation des coûts est en cours, nous déciderons ensuite. Mais l’élément décisif, c’est l’impact des mesures d’intégration, pas l’argent. Nous pourrons envisager une augmentation du forfait si l’effet positif est prouvé.
Propos recueillis par PHILIPPE BOEGLIN






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